Petite comptine pour Elaïs

Ça fait trois mois que je vis enfermé chez moi sans voir personne.

Sarah s'est retrouvé un boulot et est repartie vivre chez ses parents.

« C'était vraiment qu'une grosse pute ! » que j'me disais en repensant à ça.

Ils m'ont pris la commode et la télé qui était dessus. Du coup, j'avais nulle part où ranger mes vêtements ; 1 jean, 3 t-shirts, 3 caleçons, 1 pull et une veste. Alors j'ai tendu un fil entre la poignée de la porte d'entrée et celle des sanitaires et j'ai suspendu tout mon merdier dessus, sauf la veste qui me servait de couverture. Le problème c'est qu'à chaque fois que j'allais aux chiottes, le merdier se cassait la gueule et je devais tous remettre en place. Pareil quand je partais m'acheter un sandwich, je mangeais plus que ça. Un jour poulet-tomates puis thon le lendemain puis à nouveau poulet-tomates et ainsi de suite... J'y allais très tôt le matin, quand il faisait encore nuit pour être sur de ne croiser personne.
Un jour, je n'ai pas pu y aller et je crevais la dalle couché sur mon matelas en me demandant ce qui pourrait m'empêcher de me foutre en l'air. Je me suis levé pour aller à la fenêtre. J'ai ouvert les volets, ai revu la lumière du jour et passé la tête pour regarder en bas.

« J'devrais écrire un livre » que j'me suis dit.

Ouais. Écrire un bouquin était la seule chose qui pouvait me sauver. J'ai refermé les volets et suis retourné me coucher.

# Posté le mercredi 19 novembre 2008 15:37

Modifié le mardi 06 janvier 2009 16:24

(...)

Un soir que j'étais dans le métro, rentrant de je ne sais où pour aller nulle part, je suis tombé sur un prospectus reconverti en protège-fesse-de-voyageur-frileux :


MARRE D'ETRE GENTIL, DEVENEZ CON !

...en France, 3 personnes sur 10 souffrent de leurs gentillesses...

...ces personnes, vous en faites peut-être partie...

...si vous aussi vous ne supportez plus de devoir vous extasier devant des bébés moches...
...si vous aussi vous n'en pouvez plus de dire que tout va bien à la cafète après avoir passé la nuit à essayer de vous pendre...
...si vous aussi vous ne voulez plus remercier vos grands-parents à Noël lorsqu'ils vous offrent des places pour le concert d'un chanteur mort...



NOUS AVONS LA SOLUTION !


...après plus de 20 ans de recherche, les laboratoires d'Illkirch-Graffenstaden, en collaboration avec l'A.I.L.C (Agence Internationale de Lutte contre la Courtoisie) et avec l'aide de Pascal, le grand frère, ont mis au point un traitement infaillible pour en finir définitivement avec votre éducation judéo-chrétienne...


UNE MÉTHODE SIMPLE ET ACCESSIBLE

...voici le témoignage de Marc, 37 ans, l'un de nos premiers volontaires, qui souffrait depuis déjà 12 ans lorsqu'il a fait appel à nous...
« C'est sur que je ne pensais pas m'en sortir un jour. Vous savez, quand on vit avec une maladie depuis aussi longtemps, elle fait presque partie de vous. Puis un jour, je tombe sur cette annonce des laboratoires d'Illkirch-Graffenstaden dans le journal. J'ai longtemps hésité avant de passer le coup de fil, poussé par ma femme et mes enfants, je me suis lancé et je dois dire que j'ai été agréablement surpris. On a affaire à de vrais professionnels. Les choses vous sont expliquées clairement et sans blablabla. Et puis rassurez-vous, ça ne fait absolument pas mal (rire). Depuis ma vie a complètement changé. Avant, j'étais un mec sympa et on me prenait pour un con. Mes ami(e)s ne m'appelaient que pour des déménagements, pour les aider à monter un meuble où pour m'emprunter 50 balles. Maintenant, je suis un con et on me prend pour un mec sympa... »


...si, comme Marc, vous souhaitez redevenir la personne appréciée et respectée que vous étiez avant...
...un seul numéro pour vous inscrire dès maintenant...


29 – 09 – 89*

* 11h-17h du lundi au vendredi, 5¤/appel + 1,5¤/min, hors surcoût éventuel de votre opérateur

Le lendemain, rongé par l'ennui, j'ai appelé pour me distraire. Ils m'ont passé la 5ème de Beethov pendant au moins 10 bonnes minutes et une voix d'ordinateur finit par me dire que c'était bon, que j'étais définitivement guéri, que j'étais bel et bien un gros con en somme avant de préciser que l'appel m'avait couté 25¤ et de raccrocher.
J'ai bien ri.

# Posté le mercredi 03 décembre 2008 22:43

Modifié le jeudi 04 décembre 2008 09:34

Jingles Bells, Jungle's Bandes

J'avais passé tous les jours des 8 derniers mois à perdre des fortunes de pauvres dans le petit PMU de mon quartier lorsque la serveuse disparut, du jour au lendemain, sans laisser de traces et comme j'étais le seul client à jamais boire une goutte d'alcool, le patron m'a embauché. On appelle ça l'ascenseur social.

Ça fait exactement trois mois que je bosse là et je pense déjà à la mort, je me suis pendu des milliers de fois, je crois bien que si l'ennui serait une maladie, je croupirais en réanimation. Dehors, il y a la neige partout. Les vieux disent qu'ils n'ont pas vu hiver aussi rude depuis au moins 30 ans. Ça les rend nostalgique. Y a deux semaines, l'un d'eux m'a raconté que les gens faisaient des trucs vraiment dingues à cette époque de l'année lorsqu'il était môme. A ce qu'il paraît les rues étaient toutes illuminées et les gens restaient tard le soir. Il m'a dit aussi que ses parents mettaient un arbre bizarre dans leurs salon, qu'ils le décoraient avec un tas de babioles en plastiques et grâce à ça il pouvait commander des jouets qui lui serraient livrés le 25 au plus tard. Il chialait rien que d'y penser.

C'est un couple de vieux finlandais qui s'occupait des jouets, il tenait une gigantesque usine où il n'embauchait que des nains. Tout cela a bien marché jusqu'à la crise du début des années 2000. Les gens avaient plus les moyens de s'acheter l'arbre bizarre, du coup les commandes n'ont cessé de baisser et le vieux a préféré vendre l'usine aux chinois avant d'être complètement sur la paille. Plus de 100.000 nains ont été mis au chômage, c'est fréquent dans le monde de l'industrie mais très rare dans le monde du nain.

Je repense souvent à cette histoire depuis. Seul chez moi le soir, me roulant un dernier joint.

Et je repense souvent à toi aussi et je serai prêt à mettre n'importe quoi d'assez bizarre dans mon salon pour pouvoir me commander un nouveau c½ur...

# Posté le dimanche 21 décembre 2008 22:12

Modifié le samedi 27 décembre 2008 14:21

Zéro neuf... Rien de neuf...

On escaladait cette foutue colline depuis 366 jours lorsque nous atteignîmes le sommet, de nuit. On nous avait dit que c'était mieux derrière, qu'il y avait le soleil et la mer...

Les gens se mirent à s'enlacer en disant « je t'aime ». C'était bel et bien fini, on allait enfin se baigner. Il faisait pourtant aussi noir qu'en bas mais tout paraissait plus beau et moins sombre vu d'en haut.

Ne croyez pas que ce fut facile, certain n'ont pas tenu le coup et on a dû les abandonner en route. Parfois on repense à eux et on trouve ça injuste. On se dit qu'ils seraient encore là si la pente avait été moins raide. Mais tout paraissait plus beau et moins grave vu d'en haut.

Et puis la foule s'est mise à danser... Danser jusqu'au petit matin.

C'était grisant. C'était doux. A tel point qu'on ne se rendait pas compte qu'il n'y avait que des collines ici-bas, que nous ne verrions jamais la mer, pauvres alpinistes que nous sommes, et que même à 2009 degrés d'altitude, on n'en avait pas fini de grimper.

# Posté le vendredi 02 janvier 2009 10:40

Modifié le dimanche 04 janvier 2009 20:47

I'm back...

Ça fait longtemps. Mais ce n'est pas de ma faute. J'ai du affronter une de ces fameuses épreuves de la vie. Depuis des mois, j'ai littéralement sombrer dans la joie de vivre.
Du jour au lendemain, sans raison apparente, je me suis mis à deviner ce que dessinaient les nuages, trois mois plus tard, je chialais devant des couchers de soleil. Je sentais naître en moi comme une espèce de petit oiseau multicolore aimant danser au milieu des fleurs, les longues ballades d'été, le vent qui souffle dans les cheveux et tous ce genre de trucs...
Croyez-moi, vivre en permanence avec cette boule à l'estomac qui vous rappelle que la vie est belle c'est pas facile.
Même mon docteur ne comprenait pas, d'après lui, il était impossible qu'un chômeur longue durée qui plus est célibataire attrape cette maladie. Pour se débarrasser il m'a envoyé chez les poètes anonymes...

On était dix avec l'animateur. On faisait la gueule mais ce n'était qu'une façade, on voyait bien le bonheur dans nos yeux. C'est moi que l'animateur choisit pour commencer, j'avais rarement de chance avec les choix arbitraires.

Moi : Bonsoir. Je suis Marc, nettoyeur.
Eux : Bonsoir Marc !
l'Animateur : Sois le bienvenue Marc, saches qu'ici tu pourras parler sans craintes, nous sommes là pour t'aider.
Moi : Merci...
Eux : De rien Marc !
l'Animateur : Allez, racontes nous ton histoire...
Moi : Je ne comprends pas ce qui s'est passé... J'avais pourtant tout pour être malheureux... et depuis tout petit : Mon père était ouvrier et travaillait dure pour qu'on crève de faim dans la dignité, ma mère s'occupait de moi...
Eux : Ohooo... !
Moi : ...mais mal...
Eux : Ahaaa... !
Moi : ...j'avais aussi un frère avec qui je m'entendais bien...
Eux : Ohooo... !
Moi : ...mais il était malade et est mort très jeune...
Eux : Ahaaa... !
Moi : ...après son décès, j'ai décidé de me consacrer entièrement à mes études...
Eux : Ohooo... !
Moi : ...que j'ai lamentablement raté...
Eux : Ahaaa... !
Moi : ...mes parents ne l'ont pas supporté et m'ont mis à la porte. J'me suis trouvé une piaule et j'ai du accepter un boulot de merde dans un supermarché pour subsister, j'ai haïs ces journées de labeur, chacune d'elles pendant cinq ans...
Eux : Ahaaa... !
Moi : ...jusqu'à ce qu'ils me virent l'année dernière...
Eux : Ohooo... !
Moi : ...et puis ces six derniers mois ça a été la dégringolade. Je ne me reconnais plus... Je me sens de moins en moins seul... Je pense même à fonder une famille. Et parfois, il y a des moments où j'ai tellement confiance en moi que j'ai vraiment envie de passer à l'acte et de parler en alexandrin...


J'ai fondu en larmes et c'est sans doutes pour cette raison que mon voisin qui malgré l'invention de la cravate croyait encore que l'élégance du vingt-et-unième siècles résidait dans le port du pin's, a cru bon de déposer une main concupiscente sur mon genou.
Je me suis précipité vers la sortie...

Je remontais le grand boulevard pour rentrer chez moi, être allé à cette réunion avait été une vraie perte de temps. Arrivé au croisement, j'aperçus ce type me courir après.

Lui : Bonsoir. Je... Je suis Léon, confiseur. J'étais avec vous à la réunion.
Moi : Bonsoir Léon !
Lui : Votre histoire m'a beaucoup touchée vous savez....
Moi : Si vous y étiez c'est que vous avez la votre.
Lui : Je sais bien mais les souffrances des autres me touchent particulièrement...


Il était à un stade plus avancer de la maladie : l'humanisme.

Lui : Pourquoi ne pas s'asseoir boire un verre pour en discuter ?


J'ai accepter par politesse sans savoir que cette rencontre allait me redonner le dégoût de la vie. Une fois au bar, je lui ai posé des questions sur sa vie par-ce que je me doutais bien que c'est de lui qu'il voulait parler.

Lui : Tu sais, moi aussi j'ai eu une vie tout à fait normale et comme toi je me croyais invulnérable. Je suis né de parents modestes dans une petite étable au sud de Bethléem. Mais ce n'est qu'à l'adolescence que j'ai à réellement détesté la vie, lorsque j'ai découvert que ma mère avait trompé mon père quelques temps avant ma naissance...


Il a continué pendant des heures. On aurait pu en écrire un pavé énorme de sa foutue vie. Moi je n'avais qu'une envie : lui clouer le bec. Il n'avait rien d'un type heureux mais j'ai accepté de le revoir, par lâcheté.

Lendemain matin je me réveille après une nuit dégueulasse de sérénité. Cependant quelque chose avait changé, je ressentais cette petite nausée à l'idée d'affronter une journée nouvelle, comme lorsque tout allait mal. Était-ce la fin du tunnel ? Est-ce qu'enfin j'étais à nouveau prêt à fuir devant les problèmes de la vie ?

J'ai regardé un coup par la fenêtre, le dehors avait perdu tout son charme, ça grouillait de gens, le moindre mouvement me foutait le traque, j'imaginais déjà ma tête au fond du four et dans le ciel sombre, les nuages reprenaient les traits des plus grands dictateurs.

J'ai fermé à double tour. J'ai annulé mon rendez-vous et rallumé le pc. Tout est bien qui finit bien.

# Posté le dimanche 04 octobre 2009 15:46

Modifié le mercredi 14 octobre 2009 12:41